Notre projet d’école-maison

Dans le cadre d’un projet commun initié par Julie Duquette avec la collaboration de Julie R-Bordeleau (du blogue LilyAcademix), il a été demandé aux parents éducateurs de se joindre à nous afin de témoigner de leurs expériences de scolarisation à domicile. Le thème proposé traite de ce que la scolarisation à domicile représente pour nous (notre famille, nos enfants), de ce que cela nous apporte et de comment nous la vivons au quotidien. Vous pouvez trouver l’article à l’origine du projet sur cette page.

Voici le témoignage de Stéphanie Savard et Sylvain Blanchette

Un projet de loi encadrant l’éducation à domicile sera présenté sous peu au Québec. On parle de plus en plus de ce phénomène dans les médias et de nombreux préjugés circulent à l’égard des familles faisant ce choix. Nous avons quelques inquiétudes sur la teneur de cette loi et souhaitons donc, par la présente, vous présenter notre projet familial d’éducation à domicile, en espérant que celui-ci vous permette de mieux comprendre ce choix de plus en plus populaire auprès des familles.

En premier lieu, il faut souligner que chaque famille qui opte pour ce type d’éducation a une optique et des raisons qui lui sont propres. Notre situation ne représente donc pas l’ensemble des familles. Toutefois, elle a plusieurs similitudes avec les nombreuses familles qui ont fait un choix semblable et que nous côtoyons.

Notre fille aînée a commencé à faire des crises d’épilepsie à l’âge de 4 ans. Il ne s’agissait que d’«absences» qui duraient 10 à 20 secondes, mais qui pouvaient survenir jusqu’à 50 fois par jour. J’étais très inquiète de l’envoyer à l’école où elle aurait pu se blesser, avoir des retards dans ses apprentissages et être victime de moqueries puisqu’il lui arrivait parfois d’uriner lors des crises. Lors d’un stage en Jamaïque, j’avais eu la chance de découvrir l’éducation hors-école. Une physicienne américaine, avec qui je travaillais, avait fait ce choix et avait emmené toute sa famille avec elle. Les enfants étudiaient le matin dans les cahiers avec leur père, puis passaient l’après-midi à la plage à explorer les récifs coralliens ou venaient rendre visite à leur mère au petit hôpital de campagne où nous pratiquions. C’était inspirant de les voir aller et de converser avec eux sur le mode de vie dans les Caraïbes quand nous prenions l’autobus ensemble. Cette image m’est donc revenue quand j’ai été confrontée au problème de santé de mon enfant.

Nous avons donc décidé d’assurer à la maison l’éducation de notre aînée, une année à la fois. Cette décision a, certes, été la plus importante et la plus difficile que j’ai eu à faire de toute ma vie, mais c’est probablement aussi la meilleure que j’ai prise. Transgresser les règles de la voie tracée d’avance, quel affranchissement : une nouvelle ouverture sur le monde! Tout est devenu possible, cela ne dépend que de notre motivation. Quand un sujet nous intéresse, nous le creusons jusqu’à satiété. Nous parlons de notre nouvel intérêt à notre entourage, découvrons des

En ce qui a trait à la socialisation avec les pairs, nous avons, dans la région, un merveilleux groupe de soutien réunissant une trentaine de familles. Nous nous rencontrons 1 à 2 fois par semaine, dans un local où il est Notre projet d'école-maisonpossible d’accueillir des invités (technicien en robotique, géologue, professeur de jonglerie, historien, etc.) ou d’organiser des activités selon nos compétences (par exemple, un papa électricien nous a fait fabriquer un moteur électrique). Nous organisons des journées d’exposés oraux, des journées de talent, des pièces de théâtre. Je peux vous assurer que l’enfant typique de l’école-maison ne manque pas de talent et n’a pas de mal à s’exprimer en public. D’autres journées encore, il y a des sorties au musée ou au théâtre, des concerts, des visites de centrales électriques, des randonnées en forêt ou de l’escalade. Les possibilités sont illimitées. Nos enfants ont plusieurs bons amis qu’ils voient lors de ces activités et à d’autres occasions à la maison. Ils fréquentent aussi, le soir et la fin de semaine, des amis du voisinage qui vont à l’école. Nos enfants sont également inscrits à plusieurs activités parascolaires et sportives (3-4 cours chacun par semaine). Ils s’y font des amis et les professeurs n’ont que de bons commentaires pour nos enfants en ce qui a trait à leur apport au groupe et à leur enthousiasme.

Nous, heureux parents, nous voilà donc aujourd’hui engagés dans un projet qui n’était au départ qu’une tentative pour trouver une solution à une situation particulière, mais qui dure maintenant depuis 9 ans et que nous vivons avec nos 3 enfants. Nous sommes loin toutefois d’être seuls dans ce projet. En effet, il y a toute une communauté qui contribue au développement de nos enfants. Il y a toute la famille élargie qui a à cœur leur bien-être et qui partage volontiers avec eux leurs propres connaissances et expériences. Il en va de même pour leurs différents professeurs ou instructeurs, les bibliothécaires qui les connaissent bien et les conseillent dans leur choix de lecture, les familles que nous côtoyons, l’épicier, le boulanger et le fromager qui ont fini par les connaître et leur font part de diverses anecdotes sur leur métier. Le réseau change et s’agrandit toujours. Pour nous, les raisons d’éduquer nous-même nos enfants se comptent maintenant par centaine. Nous ne croyons pas que cela aurait été une erreur de les envoyer à l’école. L’éducation à domicile n’est pas une panacée, mais nous sommes vraiment heureux de tout ce que ce choix nous a permis de vivre et de découvrir.

En ce qui concerne la nouvelle loi sur l’école-maison et l’encadrement des familles qui en découlera, voici quelques points qui nous inquiètent.

Comme mentionné, les raisons de ne pas envoyer nos enfants à l’école sont nombreuses. Nous le faisons entre autres pour offrir plus que «4 murs de classe» à nos enfants pour découvrir le monde. Nous le faisons pour apprendre autrement, en vivant les expériences, dans le monde, avec la société et toute sa diversité (pas seulement des pairs). Nous ne voulons donc pas reproduire «l’école» à la maison. Nous choisissons l’éducation en dehors de l’école pour une plus grande liberté dans notre façon d’apprendre. Nous craignons que les examens ne deviennent obligatoires. Pour le moment, nous avons la possibilité de présenter un portfolio. En effet, une évaluation qui serait basée sur le système scolaire, ne serait pas adaptée à nos choix ni représentative de ce que nous faisons. Nous ne voulons pas d’examen ou d’évaluation autour de la fantastique expérience de l’apprentissage. Nous redécouvrons avec nos enfants l’extase de la découverte et d’une nouvelle compréhension du monde. Apprendre, découvrir, remettre en question et se transformer grâce à ce cheminement est ce qu’il y a de plus important à notre avis. Nous ne voudrions pas gâcher ça en leur demandant d’apprendre par obligation, se bourrer le crâne de données pour prouver qu’ils ont appris ce qui a été jugé nécessaire de savoir à leur âge. Par-dessus tout, l’essentiel est de conserver leur curiosité pour le monde qui les entoure, leur soif d’apprendre.

Nous gardons en tête le cursus scolaire pour leur entrée éventuelle dans le système scolaire, mais nous ne le suivons pas exactement, faisant preuve de souplesse. Nous l’adaptons à chacun d’entre eux, nous l’appliquons à ce qui se passe dans nos vies ou dans l’actualité. Il serait dommage de les freiner dans leur élan si, par exemple, à 9 ans, ils ont envie d’en apprendre davantage sur la Grèce Antique, en leur disant : «On n’a pas le temps maintenant, il faut d’abord apprendre l’histoire des autochtones du Québec, nous verrons la Grèce Antique dans 4 ans.» Nos enfants ont appris l’espagnol avant d’apprendre l’anglais pour pouvoir communiquer en voyage. Ils ont pu comprendre l’importance de la communication et aujourd’hui, pour eux, l’apprentissage de l’anglais fait plus de sens.

Nous comprenons la nécessité pour les écoles de faire des évaluations afin de s’assurer de la progression de chaque enfant. (Bien qu’il semble que, dans les pays scandinaves, les évaluations ne débutent qu’au secondaire.) Ce n’est toutefois pas nécessaire dans notre cas puisque nous sommes si proches de nos enfants et que nous sommes à même d’observer leur progression de jour en jour, la vivant avec eux.

Nous espérons une plus grande ouverture de la part des responsables des commissions scolaires face à notre projet éducatif. Nous voudrions qu’ils aient une vision plus globale du développement de l’enfant. Comme parents, nous aimerions être accueillis, sans préjugés, et ne pas être infantilisés. Nous aimerions travailler tous ensemble sur un même pied d’égalité, dans le respect, pour le bien-être de nos enfants. Nous aimerions que nos choix soient perçus et considérés comme une démarche pour offrir le meilleur à nos enfants.

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One thought on “Notre projet d’école-maison

  1. […] LilyAcademix – 7 leçons que notre aventure d’apprentissage en famille m’a apprises Bonheu... https://escargotetcoquille.com/2017/04/22/la-liberte-educative-de-la-scolarisation-a-domicile

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